Projet vietnamien d’autoédition

Objet

Par l’émotion et la passion, ce projet éditorial vise à promouvoir les échanges culturels dans le monde, en particulier à travers l’art et la culture du Vietnam. Il privilégie un souci constant d’authenticité et d’intégrité, une forte quête d’innovation et une haute exigence de qualité. Il propose un nouveau concept breveté de livre baptisé zixbook qui repose sur le mariage du texte et du son par l’intermédiaire de l’image. La marque zixbook a été enregistrée tout comme le nom de domaine Internet zixbook.com. Le site web http://www.zixbook.com a été lancé pour trouver parrains et mécènes.

Description

La maquette existante représente une première déclinaison artistique du zixbook dénommée zixnov. Grâce à une composition originale, le zixnov ressemble à un étonnant roman graphique. Deux tomes associant chacun un roman-photo et un DVD, sont prévus. Tous deux traitent surtout de l’amour : celui du Vietnam, de son peuple, d’un homme et d’une femme, celui de la vie tout simplement.

Le tome 1 du Zixnov est un roman hybride intitulé Vietnam, le marché des amours perdues. Ses 22 chapitres combinent étroitement réalité et fiction sous la forme d’un carnet de route mêlant chronique journalistique, histoire d’amour, légende, article ethnographique, intrigue d’espionnage, poèmes et images de reportage.

C’est l’histoire d’un Vietnamien de la diaspora parisienne qui retourne dans son pays natal. Désabusé par l’Occident, il y découvre les réalités de la vie de tous les jours, la misère des minorités ethniques, les désillusions et l’amour. Sont notamment évoqués la condition humaine, l’absurdité de la vie, un profond attachement au pays natal renforcé par l’exil, l’impossibilité d’oublier le passé, les traumatismes de la guerre et la préservation indispensable de la diversité culturelle.

230 photographies en noir et blanc ont été prises en 2000 dans les montagnes de l’extrême Nord en particulier. Elles forment la substance d’un reportage engagé, orienté vers des scènes de la vie quotidienne des petites gens, et traité avec un regard non occidental. Le DVD incorporé au livre prévoit un diaporama de 35 min. avec 6 chansons d’avant-garde en vogue au Vietnam, et une version sonore du texte vietnamien.

Le tome 2 du Zixnov intitulé Vietnam, Saudades karmiques raconte une suite davantage fictionnelle qui se déroule au Vietnam et en Occident. Toujours sur fond d’amitié forte, d’amour fou, d’attachement viscéral au pays natal et de photojournalisme, il complète avantageusement le premier. Il recourt à d’autres formes de narration telles que le récit scientifique (biotechnologie, propriété intellectuelle), le récit fantastique (communication homme-animal) et le récit d’action (policier, espionnage). Il prend aussi le parti délibéré d’un traitement en couleur de la section photographique.

Une seconde déclinaison artistique du Zixbook baptisée Zixtoon complètera le Zixnov. Basée sur le même concept et la même histoire, elle prévoit une série multilingue de plusieurs tomes de Bande Dessinée avec DVD dans le même format italien du Zixnov (28cm x 32cm).

Stade d’évolution

Une recherche internationale de subventions auprès des mécènes, partenaires et parrains est en cours pour obtenir l’autorisation vietnamienne de publication, et lancer l’enregistrement sonore du texte vietnamien, la gravure du DVD et l’impression du tome 1 du Zixnov. En phase de création, le tome 2 du Zixnov et le tome 1 du Zixtoon progressent. Les moyens de diffusion sur le marché mondial via le réseau Internet sont actuellement examinés.

Budget prévisionnel : € 100.000 pour les tirages des tomes 1 du Zixnov et du Zixtoon en trois langues (anglais, français et vietnamien)

Paris, le 1er janvier 2006

Bùi Huy Trang

Courriel : zixbook@tele2.fr Mobile : 06 27 37 33 91 / (00 33) 6 27 37 33 91

 

 
 
     
 
 

 

 

Avant-propos par Nguyên Huy Thiêp

 

Vietnam - le marché des amours perdues, c’est une histoire que raconte un Vietnamien résidant à Paris. Celui-ci a choisi de nous la faire partager par le texte comme par l’image, mais aussi par l’évocation sonore. Pour de multiples raisons, cette oeuvre singulière, tout en me perturbant, m’a donné à réfléchir.

Etant moi-même écrivain, je peux comprendre que des pulsions étranges aient pu pousser une personne ordinaire à prendre la plume pour écrire. Et que, depuis cet instant, sorties du lot commun, ces forces soient devenues une source d’inquiétude pour lui-même comme pour les autres.

Tout jeune, l’auteur a quitté le Vietnam ; il a grandi en France où il vit et travaille toujours. Ses souvenirs du Vietnam sont restés assez vagues. Mais un jour, de retour dans son pays natal, un monde différent lui est apparu ; cette nouvelle vision a révélé en lui un monde intérieur qui, en France, dormait profondément en lui, ou qu’il avait enfoui au plus profond de lui-même. C’est ainsi qu’a émergé une vocation d’artiste.

Il est en ce monde des ouvrages qui ont bouleversé, voire brisé la vie de leurs auteurs. Menant une vie banale et paisible au milieu des gens, ils se mettent un jour, sans raison apparente, à écrire un livre. Celui-ci peut avoir un grand pouvoir de dévastation : son auteur peut ainsi courir le danger de tout perdre, ou de voir survenir un évènement tout à fait inattendu, nullement désiré. Que cette œuvre lui soit bénéfique ou non, seuls le Ciel et lui-même pourraient le savoir.

“Vietnam - le marché des amours perdues” nous narre un retour sur le passé, sur le pays natal, sur les origines d’un Vietnamien vivant, déraciné, en terre étrangère. J’ai lu cette évocation avec un réel plaisir, et j’ai peine à dissimuler mon admiration jalouse. J’ai toujours vécu en terre vietnamienne, ces régions des montagnes du nord-ouest me sont familières. Et pourtant, j’ignorais complètement l’existence de ce marché des amours perdues, les légendes et les coutumes de ce lieu mythique. Ce livre m’a réservé bien des surprises.

J’espère qu’à vous aussi, amis lecteurs du monde entier, épris du Vietnam, cet ouvrage vous étonnera à plus d’un titre.

Je souhaite à l’auteur de ce livre insolite, Bùi Huy Trang, beaucoup de fortune dans sa nouvelle errance aventureuse.

Hanoï, le 11 juin 2004

Nguyên Huy Thiêp

Ecrivain vietnamien*

*Plusieurs de ses recueils de nouvelles ont été traduits et publiés aux éditions de l’Aube, et Picquier.

 

 

Postface par Philippe Ortel

 

Quand Bùi Huy Trang m’a appelé un soir pour me demander de rédiger cette courte postface, je ne m’attendais pas à découvrir un artiste aussi accompli. C’était son premier travail d’envergure, et il manifestait pourtant une maîtrise remarquable de la photographie et de l’art du récit. « Je ne suis pas écrivain » s’empressa-t-il de me dire sachant que j’enseignais la littérature. Dès les premières pages, j’oubliai pourtant cet avertissement, séduit par l’étonnante empathie s’instaurant dans le texte comme dans les images entre l’artiste et son environnement. Au fil du récit, chaque fait trouve immédiatement un écho dans l’univers intérieur du personnage principal ; quant aux images, elles frappent par la spontanéité des visages et des attitudes, la vivacité des scènes surprises dans la rue ou à la campagne, autant d’indices de l’extraordinaire connivence reliant l’artiste à son sujet. Or une telle proximité n’est-elle pas la source même du style ? N’est-elle pas l’assurance que ce qui nous est montré est d’abord passé par le filtre d’une sensibilité singulière ? On le sait, ces choses ne sont pas de celles qui s’apprennent, et c’est pourquoi il est toujours troublant de découvrir un artiste véritable chez un auteur que les circonstances de la vie ont éloigné de tout enseignement artistique.

Au cours de nos conversations, Bùi Huy Trang m’apprit l’intérêt que ses images suscitaient chez certains spécialistes du Viêt-Nam, notamment des chercheurs qu’il avait contactés. Cet intérêt tient en partie au sens de l’observation dont témoignent les photographies ainsi que leur commentaire glissé dans le texte. La posture des corps enregistrés, la distance qui les sépare, la façon de regarder ne sont pas le fruit du hasard mais nous font entrer profondément dans la culture vietnamienne. Seul un artiste originaire du pays pouvait saisir ces réalités fugitives sans les recouvrir, comme c’est trop souvent le cas, d’un esthétisme d’emprunt. Toutefois, la valeur ethnographique de l’ouvrage ne prend vraiment sens que par rapport au contexte émotionnel dans lequel il a été composé.

Bùi Huy Trang évoque dès les premières pages la difficulté de vivre loin de sa terre natale. Son héros ressent le désir de renouer avec son pays, avec sa langue aussi qu’il ne parle quasiment plus après ces nombreuses années d’immersion dans la langue et la culture françaises. Même si le personnage n’est pas l’auteur, il est clair que le but poursuivi ici n’est pas de représenter le Viêt-Nam mais bel et bien de le retrouver et c’est pourquoi la plus haute objectivité rejoint ici la plus haute empathie. Le texte évoque ensuite la mauvaise conscience de l’exilé qui se sait à l’abri pendant que son pays est en guerre. Dans ce contexte, l’exactitude de l’information et l’attention scrupuleuse portée aux choses semble un gage de fidélité donné à la patrie laissée derrière soi. La dimension morale de l’entreprise s’approfondit encore si on écoute ce que dit la fiction : « Ayant côtoyé la guerre tout jeune, il était pleinement conscient de la valeur insoupçonnable de la vie » lit-on à propos du héros. La rupture irréversible produite par la mort, plus profonde que la déchirure de l’exil, fait de la vie elle-même une patrie à sauver. En célébrant l’existence sous toutes ses formes, l’ouvrage tente de montrer le prix des choses, au-delà des différences entre cultures.

Pour ressusciter le Viêt-Nam ou plutôt son Viêt-Nam, Bùi Huy Trang ne pouvait se plier à la forme traditionnelle du livre. Son admiration pour « Bruges-la-Morte » de Georges Rodenbach, premier roman français illustré de photographies (1892), l’a encouragé à mettre au point une publication d’un nouveau type dans lequel le DVD allait jouer un rôle important. Il songea très tôt à donner un nom à ce dispositif multimédia, et ce fut le « Zixbook ». Composite comme l’objet qu’il désigne, le « Zixbook » emprunte ses phonèmes à la musique, aux pixels de l’ordinateur et au « book » anglais. De cette alliance inhabituelle de sonorités émane une sorte d’exotisme en accord avec les autres exotismes défendus par l’ouvrage. On pourrait penser que les valeurs véhiculées par la technique occidentale sont en contradiction avec le Viêt-Nam traditionnel qu’elle est chargée d’évoquer dans ce livre mais c’est oublier que l’ingéniosité technique est aussi une des caractéristiques de la culture vietnamienne. On s’en rend compte au nombre de productions évoquées dans le récit, outils, jouets, machines ou produits artisanaux observés par le héros au cours de son périple. Tous ces objets renvoient au photographe et plus encore à l’inventeur l’image de sa propre habileté. Ainsi, loin de travestir ou de trahir les origines culturelles de l’auteur, la mise au point du « Zixbook » le rapproche au contraire de celles-ci.

En associant le texte à l’image, et la page à l’écran, les dispositifs multimédia transforment, on s’en doute, notre pratique de la lecture. L’originalité de ce livre tient d’abord à son poids et à sa taille. Au travail de déchiffrement propre à la lecture traditionnelle se substitue pour le lecteur une expérience sensorielle inédite  : le toucher et la vue sont sollicités ainsi que l’ouïe puisque le diaporama gravé sur DVD comprend un accompagnement musical. Le « Zixbook » mobilise aussi notre corps dans son entier car le passage du livre à l’écran suppose un minimum de déplacements et de manipulations. On peut objecter bien sûr que toute lecture engage les sens mais l’éducation occidentale fait généralement passer au second plan ces contacts physiques, au profit du seul travail intellectuel de déchiffrement. En revanche, dès que l’illustration s’immisce dans un texte, la surface de l’image rend visible celle de la page, le dessin graphique ou photographique ressuscite à nos yeux le tracé typographique des mots imprimés et le mouvement oscillatoire du regard de l’image vers le texte ou du texte vers l’image réveille la conscience du corps par l’effort léger qu’il exige. Là encore, le « Zixbook » rappelle l’expérience du voyage car les pays qu’on visite pour la première fois nous plongent généralement dans un univers sensoriel fait de sons, de parfums et de couleurs. Le sens de ce qu’on regarde ne nous apparaît que dans un second temps.

Le « Zixbook » est aussi un lieu où l’on circule. Par son format notamment, il est à la fois le récit romancé d’un voyage et un espace où l’on voyage, représentation d’un parcours et territoire à parcourir. Les trajets qu’il nous offre sont multiples, chaque médium étant comme un véhicule ou une route nous conduisant vers la destination mythique de cette expédition, ce légendaire marché des amours perdus caché dans les montagnes reculées du Ha Giang. On a donc le choix du transport : on peut emprunter le récit en oubliant les images (dans ce cas, on aura encore le choix entre l’anglais, le vietnamien et le français, trois voies différentes). On peut au contraire feuilleter l’ouvrage comme un album de photos sans passer par le texte. On peut aussi passer du texte à l’image en goûtant la correspondance de plus en plus étroite s’instaurant entre les deux à mesure que le récit avance. Bien sûr, ce lien n’empêche pas l’existence de subtils décalages assurant aux photographies une indépendance par rapport au texte. Quant au diaporama musical, il donne le sentiment de refaire le voyage si on a lu le livre avant ; sinon, il est une sorte d’invitation à la rêverie qui ne prendra consistance qu’après la lecture du texte.

Toutes ces possibilités donnent au « Zixbook » un aspect orchestral qui ne se réalise vraiment que dans l’esprit du lecteur ou plutôt du « video-lecteur ». En effet, seule la mémoire du public peut superposer tous ces voyages et unifier les choses après coup. Or n’est-ce pas aussi le cas pour le voyageur ? L’unité qu’il donne à son aventure, une fois revenu chez lui, n’est-elle pas rétrospective ? Il s’agit d’une unité d’impression qui n’abolit pas le caractère profondément hétérogène de son parcours, avec ses moments singuliers, ses surprises et ses imprévus. Le livre multimédia, en empêchant la fusion complète du texte, de l’image et du son (contrairement au cinéma), restitue bien cette unité dans l’hétérogénéité propre aux véritables voyages. Chaque médium nous livre donc une des dimensions de l’aventure sans perdre son caractère propre : avec sa masse d’informations et d’explications, le récit privilégie la part culturelle et émotionnelle du trajet. De ce point de vue, l’intrigue amoureuse inventée par Bùi Huy Trang, loin de nous éloigner de la réalité, intensifie au contraire le rapport empathique qu’il entretient avec elle. Par un phénomène bien connu de cristallisation, toutes les beautés du Viêt-Nam s’associent dans l’esprit du lecteur au charme de l’héroïne. La photographie, quant à elle, privilégie la dimension optique du voyage et restitue le fort impact visuel qu’ont sur nous les régions que nous voyons pour la première fois. Moins on connaît plus on regarde, de sorte que pour l’explorateur, la réalité est d’abord un spectacle. Enfin, le diaporama musical opère une intériorisation du voyage, ou, comme l’écrit Bùi Huy Trang, un « approfondissement » de l’expérience. Ces images enchaînées donnent l’impression de jouer sur la scène de la conscience ce que le récit nous présente sur la scène du monde. A l’instar des souvenirs ou de la rêverie, les photos nous arrivent dans le désordre, sans chronologie véritable, même si leur succession suit en réalité l’ordre de leur apparition dans le livre. L’effet d’intériorisation est d’autant plus fort que le DVD nous invite à vivre ou à revivre le voyage dans un autre espace-temps que celui de la lecture. Le passage du livre à l’écran produit un décrochement très proche de celui séparant le rêve de sa réalisation ou le souvenir de l’expérience passée.

A la fin du récit, Bùi Huy Trang note que l’intensité du souvenir ajoute à la réalité vécue une dimension merveilleuse : « seule la puissance des souvenirs lui procurait cette perception vertigineuse d’Alice au pays des merveilles ». Quand les images mentales issues de la mémoire s’imprègnent d’émotions, l’écart se réduit avec l’imaginaire car nos rêveries ne sont jamais que la traduction en images de nos peurs et de nos désirs. Il en va de même quand on associe photographie et musique, comme le fait le diaporama. Par leur caractère sentimental, les chansons nostalgiques et parfois déchirantes du célèbre compositeur Lê Minh Son et des chanteurs talentueux Pham Ngoc Khuê et Nguyên Tung Duong stimulent notre propension à rêver et donnent ainsi au voyage un caractère de légende. Le principe même de l’enchaînement d’images favorise d’ailleurs l’emprise de la rêverie sur le document car il soumet chaque cliché à un rythme très proche de celui réglant la musique. Disparaissant quelques secondes après être apparues, les images perdent rapidement leur ancrage géographique et historique, n’offrent plus à notre regard qu’une pure scansion visuelle, un rythme abstrait de tonalités et de formes qui leur permet d’atteindre des régions profondes de notre sensibilité. Au bout de plusieurs minutes, nous goûtons moins le contenu des photographies qu’une succession contrastée de plans larges et de plans serrés, de lieux fermés et de lieux ouverts, d’espaces pleins et d’espaces vides, de sujets statiques et de sujets dynamiques, de plans nets et de plans flous. Qu’il soit graphique ou visuel, le rythme nous touche profondément parce qu’il imite et stimule notre vie psychique qui est faite, elle aussi, d’une alternance de temps forts et de temps faibles, de tensions et de détentes.

Le recours à la musique montre pour finir que Bùi Huy Trang n’a pas seulement fait une œuvre multimédia mais aussi une œuvre collective, capable de faire entendre plusieurs voix, sans doute parce que la rencontre et le dialogue sont une des composantes essentielles du voyage. C’est pourquoi, bien qu’ignorant des réalités vietnamiennes, j’ai été heureux et flatté de pouvoir ajouter ces quelques remarques à ce gros livre, juste avant qu’il ne commence sa vie éditoriale. Je lui souhaite maintenant de réussir cet ultime voyage, pour lequel il empruntera, j’en suis sûr, les chemins les plus inattendus.

Toulouse, le 10 fév. 2004

Philippe Ortel

Directeur du Département « Lettres modernes » à l’Université de Toulouse Le Mirail, France

Diplômé de l’Ecole Normale Supérieure